III. Une rencontre d’amour 
comment accueillir un prématuré

Dans le risque de prématurité, l’inconnue de chaque matin au réveil c’est de savoir si ce jour est la D–Date, si avant la fin de la journée on aura sa rencontre d’amour. On dépend soit de bébé qui décide de ne plus rester au chaud, soit du corps médical qui prend une décision pour le bien de la mère et de l’enfant. Et si on espère que cela arrivera le plus tard possible, on est chaque jour prêt à faire cette rencontre.

La Nénette s’est annoncée à 31 Semaines et 5 Jours par une fissuration de la poche des eaux et un travail à vitesse grand V. J’étais déjà très fière de nous deux pour avoir tenu aussi longtemps, j’étais prête à la recevoir parce que depuis plusieurs jours je sentais qu’on y était. Et pour le moins qu’on puisse dire c’est que l’équipe médicale a été top. Médecin, sage-femmes, infirmières et aide-soignantes, tous ont contribué à mettre une ambiance agréable en salle d’accouchement et en dehors, mes quelques proches, mon pré-carré était là en soutien. Malgré tout, une naissance de prématuré suscite des questions. Au travers de mon expérience, je vous partage les réponses que j’ai pu trouver.

 

1. Est ce que mon Bébé va bien ?

Quand le médecin l'a prise pour clamper le cordon ombilical, je me demandais « est ce qu’elle respire ? » « Aura-t-elle besoin d’une assistance respiratoire ? ». Et puis je l’ai entendu tousser… Dans la minute qui a suivi je l’ai entendue. Vous n’imaginez pas le soulagement que j’ai ressenti. J’avais eu un traitement de maturation pulmonaire mais il y avait toujours cette part d’inconnu. Une fois rassurée, j’ai pu me concentrer sur mes soins. L’infirmière de l’unité Néonatale est venue me présenter ma Nénette, je l'ai prise dans mes bras pendant quelques minutes et elle est partie directement en unité néonatale.

 

2. Que va t il se passer en unité Néonatale ?

Le pédiatre qui a pris soin de ma Nénette est venu me voir après avoir fait son admission en Néonatale. Il m’a rassurée sur son état, et expliqué le processus médical : les soins qu’on lui administrait, la durée potentielle de son séjour en néonat et il a répondu à une question qui me hantait : Pourrai-je l’allaiter (sachant que cela me tenait particulièrement à cœur) ? Il m’a même encouragée à commencer à tirer mon lait le plus tôt possible et à fournir ses repas à l’équipe qui s’occupait d’elle jusqu’à ce que la mise au sein soit possible.

 

comment accueillir un prématuré

   

 

3.     D’un point de vue pratique, comment cela se passe-t-il ?

Le papa, les frères et sœurs, maman reste-t-elle à l’hôpital avec bébé ? Autant de questions auxquelles on n’a pas franchement de réponses avant d’y être confronté. J’avais la chance d’avoir pu poser certaines d’entre elles avant, mais sur le coup je ne me souvenais plus de rien, les émotions sûrement. Les éléments me sont revenus au fur et à mesure. J’étais fatiguée (en vrai j’avais faim lol ) et j’avais encore ma perfusion, du coup je ne pouvais pas me déplacer. C’est le papa qui est allé la voir en Néonat. Il l’a vu avec sa perfusion, dans l’unité de soins, il l'a prise en photo et c’est avec lui (la seule personne en dehors de moi à l’avoir vue) que j’ai pu parler d’elle. De son visage, de sa ressemblance, et de ce que son premier souffle à représenté pour moi.

 

4.     La sortie sans bébé, à quoi cela ressemble-t-il ?

Pour les très grands et les grands prématurés, c’est la norme, maman sort et bébé reste. Déjà il y a le vide de ne plus avoir cet être dans votre ventre, mais en plus vous allez rentrer seule, et si vous avez des grands qui attendent le petit dernier, vous allez être assailli de questions, même si vous les avez préparé avant. Pour ma part, la visite du pédiatre au matin de ma sortie a été un élément déterminant, il est resté près de trois quarts d’heure à parler avec moi de son état, de ses réactions, de ce que la période de néonat comportait médicalement et comment je pouvais m’organiser pour passer la voir 2 fois par jour. Et je suis rentrée à la maison… Sans la Nénette.

J’avoue que j’étais dans un état second. On ne réalise pas vraiment ce qui se passe. Je savais déjà qu’elle allait avoir des examens dans quelques jours et qu’en fonction de ses résultats, elle pourrait sortir. Dès que je suis rentrée à la maison, j’ai rattrapé les 6 semaines ou je n’ai pas pu préparer « mon nid » par un ménage de fond en comble de son espace de vie. J’ai associé les grands frères, qui du coup se sont sentis utiles, et cela nous a permis de parler de la Nénette sans être dans les mêmes questionnements.

 

Et pour la durée de son séjour, la Nénette avait rendez vous avec Papa tous les matins, avec maman les après-midis et les soirs. Pendant environ 1h à chaque visite, elle recevait de l’amour, des encouragements, des prières et la chaleur de ses parents. La mise au sein a par contre été contraignante pour moi, car en en Néonat, les bébés mangent à heure fixe, cela signifiait que pour un retard de 5 minutes, j’arrivais  et la Nénette avait déjà mangé et là impossible de lui faire ouvrir la bouche. Mais en discutant avec le personnel de la Néonat on a trouvé un compromis, à savoir que je pouvais les appeler pour prévenir, et pour quelques minutes, elles m’attendaient.

Petite astuce : Gérer un bébé en Néonat, c’est épuisant. Profitez de vos nuits sans bébé pour dormir, n’oubliez pas que malgré l’adrénaline vous venez d’accoucher et vous aussi avez besoin de soins et de repos, attention au risque d’éclampsie.

 

comment accueillir un prématuré

 

5. Le retour à la maison, comment bébé et maman s’adaptent-ils ?

 

Quand le pédiatre vous annonce que vous allez pouvoir ramener votre bébé à la maison,  c’est d’abord un soulagement : cela veut dire tout va bien. Et cette sensation nous l’avons ressenti au bout de quelques jours, Nénette était autonome pour la respiration, elle n’était plus perfusée et elle ne perdait pas de poids. Après des bilans de santé positifs, son bulletin de sortie a lui aussi été signé

Mais ramener un grand prématuré à la maison est contraignant. Contraignant pour les frères et sœurs, qui malgré leur amour débordant ne peuvent pas bisouter et câliner. Contraignant pour les proches qui ne peuvent pas rendre visite au nouveau venu. Et contraignante pour l’organisation de la maison, car il faut maintenir un niveau optimal de propreté en tenant compte du fait que bébé est confiné dans une pièce chaude avec le minimum de passage possible (il ne faudrait pas l’exposer à des germes). 

 Finalement, dans cet océan de devoirs, je n’avais ni le temps de réfléchir, ni le temps de me laisser envahir par des émotions négatives. Etre mère vous fait découvrir une force de caractère qui force l’admiration, être mère de grand préma, encore plus. Ma récompense était là dans chaque réveil, dans chaque têtée, mais encore plus dans les moment de portage « kangourou », mais ça j’y reviendrai.

 

 

6. Que faire s’il y a des problèmes ?

 

Malgré toutes les précautions prises, un grand prématuré, reste un être humain « immature » sur le plan physique. Cela signifie qu’il y a des situations pour lesquelles son corps n’a pas développé de réponses et pour lesquelles il faudra l’aider à répondre le temps qu’il soit prêt. Donc, de prime abord qu’il y ait problème ou non, on va plus souvent à l’hôpital. 48h après la sortie, puis toutes les semaines, puis toutes les 2 semaines. 

Pour Nénette, la première immaturité s’est manifestée la première nuit. On avait l’autorisation de mettre la clim à 22° en l’habillant chaudement. La première nuit, ses mouffles sont tombées pendant que m’occupais d’elle et ses doigts ont viré au bleu tout de suite. On est passé en kangourou rapidement la situation est rentrée dans l’ordre. Autant vous dire qu’on a célébré la première perle de sueur comme un premier pas ou une première dent !

 

Deuxième immaturité, le sommeil. Les grands prématurés peuvent beaucoup, mais vraiment beaucoup dormir. Parfois jusqu’à 6H. et ce sommeil a souvent des impacts sur l’alimentation car, au lieu de manger 8 à 12 fois, on peut vite tomber à 4 à 6 fois. Je me suis battue avec Nénette les deux premières semaines pour qu’elle se réveille, mais rien à faire. Et malheureusement cela a eu un impact sur son poids : 50gr pris en 2 semaines, quand son frère aîné, lui aussi prématuré, avait pris 700 gr en 10 jours. Le pédiatre nous a prescrit des médicaments, c'est allé mieux, on se réveillait plus fréquemment pour manger et on a réussi à prendre 350 gr la semaine qui a suivi.

D’autres cas de figure peuvent se présenter, mais avec l’aide des soignants, et l’amour de la famille, on y arrive.

 

Important : le pédiatre spécialisé en pédiatrie néonatale. Il sera votre allié comme le gynéco l’a été dans la période de risque. Il faudra qu’il soit joignable (oui avec un préma ça peut aller très vite) et accessible (que vous puissiez parler de tout). Posez-lui toutes vos questions mêmes celles qui paraissent idiotes, et plus que tout bannissez l’auto-médication, même pour du paracétamol.

 

Finalement, la rencontre d’amour est une rencontre délicate ou les seules certitudes sont que votre amour est réciproque et qu’il y a en chacun de vous (bébé, papa, maman, frères et sœurs) suffisament d’amour et d’énergie pour surmonter les premiers moments ensemble.

La semaine prochaine on partagera le journal de bord de la Nénette :)

Plein de bisous et merci de nous suivre ^_^

 

 

REPLY COMMENT

Your email address will not be published. Required fields are marked *