Fausse couche

 Autant concevoir est une joie immense qui vous envahit, autant perdre une vie est une souffrance insoutenable, peu importe comment.

Nous le vivons comme un échec.

Non, notre corps n’a pas voulu de cette vie.

Non, Monsieur Dieu n’a pas voulu que nous portions cette grossesse jusqu’au bout.

Non, nous ne le verrons pas devenir pilote, nous ne la verrons pas pleurnicher, assise par terre en train de battre les membres dans tous les sens.

Il y a moi, qui en fait, ne saura même pas si c’était une fille ou un garçon… parce que la grossesse a cessé d’évoluer à 4-6-8-10 semaines, ou parce que c’est une grossesse extra utérine et qu’il a fallu en plus l’évacuer. À l’aide de médicaments, à l’aide d’un curetage

 

Et puis, il y a moi, qui le porte jusqu’à 6,7,8 mois et parfois à terme, et à qui on annonce que le cœur de bébé a cessé de battre. Je ne sais pas pourquoi. Pourtant j’ai tout fait bien. Est-ce que c’est possible de vérifier encore une fois, puis une autre, s’il vous plaît ? Vous vous trompez, docteur, je suis sûre qu’elle va bien, que c’est une simple erreur.

Mais non. Il faut déclencher l’accouchement, et pousser ; il faut le voir sortir, sans vie, et le tenir dans l’espoir qu’il va se réveiller en vain. Et il est tellement beau que cela en est insupportable.

Il va falloir rentrer à la maison les mains vides ; entrer dans cette chambre qu’on a préparé pour elle, pour lui, et rassembler les affaires, parce que ce ne sera pas pour aujourd’hui. Il va falloir prendre des médicaments pour arrêter les montées douloureuses de lait, ressentir toutes ces contractions de l’utérus quand il va reprendre sa place, sentir ce vide dans le ventre.

Pourtant, Seigneur, Oh Allah, j’ai compté ses doigts, ses pieds… j’avais tant de projets pour lui, pour elle. Je l’accompagnais à ces cours de natation, je le voyais faire des bêtises et moi crier sur lui, je nous voyais aller saluer tous nos parents et amis… Seigneur, ce n’est pas juste. Ce n’est tellement pas juste. Je souffre tellement. J’ai si mal. J’avais trouvé son prénom, et je jouais avec, roulant les lettres sous et sur ma langue.

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Et injustement, aucun de mes autres enfants ne pourra remplacer celui et ceux que j’ai perdu. Je vais les regarder souvent avec cet air lointain, et ils ne comprendront pas que c’est parce que je les compte, et que je me dis « il en manque un, deux, trois, dix » avec un air amer et un sourire triste.

 

C’est moi. C’est toi. C’est nous, c’est vous, ce sont elles. Et c’est malheureusement tellement peu partagé. Depuis que j’ai été enceinte d’Elie-Michel, j’ai eu la merveilleuse chance de côtoyer des femmes formidables. Blessées, en souffrance, en manque d’écoute et d’attention de la part de leurs proches, époux, conjoints, parents, amis. Des femmes qui n’arrêtaient pas de demander de l’aide, mais qui n’étaient pas entendues. Elles sont devenues mon inspiration. Elles sont devenues mon énergie. J’ai voulu raconter leurs histoires, la mienne aussi, parce que le partage guérit. Il ne ridiculise pas, il ne diminue pas notre valeur, il ne nous expose pas au jugement. Garder rend malade, aigri et nous laisse dans une souffrance permanente.

Si tu as perdu un bébé, peu importe le stade de ta grossesse…

Ce n’était, et ce ne sera jamais ta faute. Oui, parfois la nature fait son travail si jamais il y a des bobos au niveau de tes chromosomes ou de la qualité de tes ovules, parfois c’est le papa qui a un petit ou gros souci. Il peut arriver que tu aies des maladies comme l’endométriose, des problèmes au dos… Parfois, tu as pu avoir un accident lors d’une maladie et tu as pu le perdre à cause d’erreurs médicales ; il a pu tout arriver, et pour mille raisons… mais comprends que ce n’est absolument pas de ta faute. Tu es une guerrière, tu as été et tu resteras courageuse.

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Si vous, les proches, les amis, les conjoints, la famille, vous me lisez…

On a besoin de vous. On a besoin de soutien, on a besoin de présence, d’écoute. Entendez- nous ! Ecoutez-nous ! Soutenez-nous ! Mon Dieu, ECOUTEZ-NOUS ! Si vous nous écoutez, vous verrez qu’on ira mieux. Cessez de faire comme si un bébé qui n’est pas né n’est pas mention. Cessez de nous dire d’oublier, de 0 à autre chose. On ne passera jamais à autre chose ! On aura même beau avoir des religions qui demanderont de ne pas prier pour les morts, nous prierons toujours pour nos étoiles dans le ciel. Comment pouvez-vous passer au-dessus de votre progéniture ? Ces enfants seront toujours là, on aura toujours besoin d’en parler, peut être de temps en temps pleurer. On voudra garder des photos, on voudra garder des échos, son bracelet… Laissez-nous faire notre deuil en paix. Si vous ne pouvez pas aider, laissez-nous tranquilles.

 

Si vous avez envie d’en parler, mon inbox est ouvert, celle de la page African Mutti aussi. Je planifie une table ronde pour partager les expériences. Lorsque l’évènement sera en ligne, je me ferai un plaisir de le partager et j’espère que vous viendrez partager, recevoir et guérir.

 

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