La côte d’Ivoire classée avant dernière dans le classement du meilleur système éducatif en Afrique subsaharienne
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Quelques mois avant janvier 2021, Nous avons tous eu écho du rapport de 2019- 2020 du programme d’analyse de systèmes éducatifs ( PASEC). Selon ce rapport, la Côte d’Ivoire occupe l’avant-dernière place du classement du meilleur système éducatif en Afrique subsaharienne derrière le Benin et le Niger. Juste avant le burundi qui est se retrouve à la dernière place. 

« Plusieurs pays se distinguent par une amélioration substantielle de la performance moyenne, à savoir le Bénin, Niger, Congo et le Sénégal. Le Burkina Faso et le Tchad se caractérisent par une progression de près de 20 points. Deux pays régressent de manière significative : le Burundi (-35,5) et la Côte d’Ivoire (-14,2), » Indique le récent rapport du  PASEC.

Comme nous, vous avez été certainement tous choqués. En tant que parents et parents d’élèves, vous avez surement eu peur pour l’avenir de vos enfants. Et par ricochet pour l’avenir de tous les enfants de ce pays. C’est normal, vous êtes de bons parents. Votre réaction est compréhensible vu le danger que nous courons tous car cette affaire concerne tout le monde.

Cette nouvelle a créé un vrai scandale en Côte d’Ivoire. Je dirais que c’est une grande honte, une honte nationale pour certains observateurs. Un véritable fiasco pour le système éducatif ivoirien. C’est vrai, on le savait déjà, le niveau de l’’éducation nationale était en baisse. Mais de là à être avant-dernier dans une région où nous étions enviés, respectés et en plus dans laquelle nous occupions les premières places dans certains domaines. Cela a été une vraie bombe, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Alors, en tant que parents, on se retrouve à se poser mille et une questions : Comment est-ce possible que ce pays se retrouve presque dernier en éducation ? Quel est le souci ? Est-ce la méthodologie ou la pédagogie utilisée? La politique d’éducation, les décisions du gouvernement ?,  le poids de la tradition ? Qu’est ce qui nous a conduits à cette position ? 

Je parie qu’il nous est même arrivé parfois de douter de la viabilité et de la véracité de ce rapport en demandant les critères de classement de ce rapport, tellement c’est incompréhensible. Peut-être pour soulager un peu notre subconscient qui ne cesse de nous gronder depuis l’annonce de cette nouvelle.

 

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Les raisons d’une telle baisse du niveau de l’éducation

D’après ledit rapport, certaines raisons expliqueraient ce classement. Les raisons sont situées autant plus au niveau des élèves qu’au niveau du personnel. Selon ce rapport, 59,5% des élèves de la Côte d’Ivoire ne savent pas lire. Ils ont un niveau très faible en vocabulaire ainsi qu’un esprit critique et d’analyse très bas. En mathématiques, 42,1 % des élèves connaissent de très grandes difficultés pouvant les exposer au décrochage scolaire.

Concernant le personnel éducatif -en l’occurrence les enseignants-, la quasi-totalité manque de pédagogie efficace qui leur permettra d’atteindre leurs objectifs d’apprentissage. 

Aussi apprend-t-on que les enseignants ayant un niveau de formation universitaire présentent de meilleurs scores aux épreuves de l’enquête que ceux ayant un niveau secondaire. Ce qui nous renvoie à nous pencher sur le niveau du recrutement des enseignants.

Pourquoi ne pas privilégier le niveau universitaire puisqu’il donne de meilleurs résultats ? En plus, selon toujours ce rapport, les enseignants avec une longue expérience d’enseignement (11 ans et 20 ans) sont plus performants que leurs collègues moins expérimentés (5 ans et moins).

Autres raisons expliqueraient aussi ce rang. Il s’agit notamment de la priorité du corps éducatifs. Triste réalité, leur condition salariale les préoccupe plus que le programme scolaire qui est de plus en plus obsolète et peu productif.

 L’accès à une éducation préscolaire, est par ailleurs, l’une des raisons de ce classement du PASEC. Seulement un tiers des élèves environ la moitié des élèves a redoublé au moins une fois. De plus, le redoublement ne semble pas permettre aux redoublants de rattraper leur retard sur les non-redoublants. Le problème n’est donc pas là.

 

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Les responsabilités situées

Au vu des différentes raisons évoquées par ledit rapport, nous pouvons affirmer que toutes les entités sont en quelques sortes responsables de ce résultat. Situons donc les responsabilités clairement.

La responsabilité de l’Etat

Selon ce rapport, 59,5% des élèves de la Côte d’Ivoire ne savent pas lire et ont un niveau très faible en vocabulaire ainsi qu’un esprit critique et d’analyse aussi bas. Ce qui est grave ! Alors qu’est ce qui a favorisé ce fait ? Nous pouvons citer entre autres la suppression de la dictée- question, la quasi rareté de bibliothèque dans nos établissements, le manque de programmes assidus de lecture dans les programmes éducatifs nationaux…  Un programme d’ailleurs obsolète, désuet. Un programme moins alléchant, ni vaste ni riche, trop occidental. Comment pouvons-nous supprimer la dictée et s’attendre à voir des enfants qui s’expriment bien tant à l’oral qu’à l’écrit ? Surtout avec la vulgarisation de la langue populaire, le nouchi -qui prend de plus en plus place dans l’expression orale des enfants et même de nos écoles-, sans oublier le nombre grandissant d’enseignants peu qualifiés dont nous disposons. 

On ne peut vouloir une chose et faire son contraire.

La responsabilité des parents 

Nous pouvons affirmer avec désolation que les parents – que nous sommes- ont démissionné de leur rôle de guides, d’éducateurs, de veilleurs. Ils préfèrent confier l’éducation de leurs enfants aux domestiques qui n’ont pas forcément le même mode d’éducation que nous et la méthodologie adéquate pour le faire. Rentrant tard à la maison, toujours fatigués, nous sommes incapables de répéter avec nos enfants. Obnubilés par la recherche du gain pour la famille, ils sont presqu’absents pour leurs enfants. Une négligence et un manque de suivi du parent qui n’aide pas les enfants mais au contraire les enfonce dans une dépression qu conduit à enchaîner les bêtises.

La responsabilité de la société

On assiste aujourd’hui à l’émergence d’une société médiocre qui acclame le mal au détriment du bien. Si les parents ont démissionné de leur rôle d’éducateurs, la société va se charger de le faire à leur place. Avec l’immoralité, la paresse intellectuelle, l’anticonformisme et tous les vices qui vont avec qui courent dans nos rues, nous avons donc du souci à nous faire. Elle apprendra donc  à l’enfant la tricherie, la corruption, la compromission au lieu du mérite par l’effort.

 Quelle est donc la politique mise en place pour remédier à ce problème ? Que fait l’Etat ? Des rapports des écoles maternelles, primaires, secondaires, supérieures sont ils fournis chaque fin d’année sur les  études, sur l’évolution de l’éducation nationale afin de déterminer les tendances scolaires, les penchants scolaires, les matières les plus suivies, aimées, le retour des élèves, les demandes des parents d’élèves et même des élèves sur les matières qui les intéresseraient ou qu’ils souhaiteraient avoir ? 

Il y’a-t-il un suivi déjà au niveau des parents ? Des enseignants ? Ou même pendant le recrutement, quels sont les critères de rétention ? Les directeurs d’écoles sont-ils soumis à des textes de fiabilité, de personnalité et/ou de moralité ? 

Une enquête se fait elle chaque année sur l’évolution du niveau de l’éducation nationale ?

Non, évidemment que non… et il est temps, plus que temps de prendre nos responsabilités.

Meliane Nomel